Le Messie
Introduction
Le sens ...
Révélation de Dieu?
Paradoxe essentiel
L'homme
Le Messie
Etre chrétien
La fin d'un monde
CHAPITRE V : LE MESSIE

Il y a quelque 2000 ans, un juif de la Palestine occupée par les Romains dit qu'il est Dieu et Fils de Dieu ! Mis à mort à cause de cela, il ressuscite devant une foule de témoins !
Son message, " la Bonne Nouvelle " est bouleversant : il parle d'amour (même de ses ennemis), de prière, de pardon et d'espérance. Il reste valable pour toutes les époques et autorise l'exégèse et l'évolution puisqu'il n'est pas vraiment achevé et que son auteur lui-même annonce qu'il enverra L'ESPRIT DE VERITE (cf. Introduction).

Je reconnais que, subjugué par le rayonnement de la venue du Messie dans l'histoire humaine, je prends ici la décision de croire en lui, d'adhérer à ce qu'il dit parce que je pense qu'il peut effectivement donner un sens à mon existence et me conduire à Dieu, son Père ... et le nôtre ! Je découvre la difficile voie de l'amour et sa joie, en même temps que la nécessité de la prière pour m'y maintenir. Pour autant, je ne me départis pas des acquis de ma démarche rationnelle ; espérant au contraire trouver dans l'Evangile la confirmation de ma légitime quête de sens et l'élan nécessaire à la poursuite d'une réflexion désormais transfigurée par la perspective et l'espérance du Paradis !

Le Christ est l'Envoyé de Dieu, le Messie promis par les Ecritures, la Deuxième Personne de la Trinité, le Fils de Dieu fait homme ! Sa dimension humaine ne fait aucun doute ; par contre ses traits divins n'apparaissent qu'en filigrane de celle-ci. Comme j'ai conclu à l'existence d'une liaison, d'un passage possible entre les deux modes d'être de la Personne infinie, il m'est raisonnable de considérer que Dieu peut s'incorporer humainement, avec le concours de la Vierge Marie, qui accepte d'être la mère du Fils fait homme !  Ceci explique le dogme de " l'Immaculée Conception " et que, toute entière consacrée à Dieu, Marie n'a pu avoir d'autres enfants, ainsi qu'on aurait tendance à le croire de nos jours !

En ce domaine de lien entre l'esprit et la matière, il faut relever l'incroyable parole de Jésus, qui scandalisa plusieurs de ses disciples, reste difficile pour beaucoup de catholiques et qui est à l'origine de la " Transsubstantiation " de son corps et de son sang dans l'hostie consacrée par le prêtre à la messe ! Même si cette parole n'est pas à prendre dans son sens littéral, elle demeure excessive en son sens imagé : " (il dit qu'il est) ... le pain vivant qui descend du ciel (et que) celui qui mange de ce pain vivra pour l'éternité ... je vous le dis, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas en vous la vie." (Jn 6 ; 51. 53).

Pour le Créateur du monde réel (au sens de la matière) en tant que nouveau mode d'être, il n'est nullement surréaliste ou contradictoire de prendre la forme qu'Il veut, tout en préservant sa dimension spirituelle ! Cela lui est propre, ainsi qu'à quiconque à qui lui seul en octroie le pouvoir. Ici, l'étrange parole du Christ est déjà un signe de sa divinité !

Je poursuis sur ma lancée ! L'incarnation du Fils de Dieu s'est faite avec son propre et entier accord. Le premier dialogue entre Père et Fils n'a certainement jamais cessé et continue entre eux, tout comme avec l'Esprit de partage !
Dès lors que l'aventure humaine ne tourne pas rond et nécessite une intervention exceptionnelle, il est vraisemblable qu'entre les trois Personnes divines se soit ébauché LE SAUVETAGE DE L'HUMANITE TOUT ENTIERE, de telle sorte qu'elle puisse en définitive revenir à Dieu ! Par l'action du Saint-Esprit et le concours de la Sainte Vierge, Dieu le Fils prend nature humaine en intégrant par l'identité d'origine, progressivement et à mesure qu'il grandit, sa personnalité divine et sa nouvelle dimension humaine ! Le processus est vraisemblablement graduel et ne porte jamais préjudice à son existence d'homme, en premier lieu chaque fois que, dans les circonstances ordinaires de la vie, sa mission d'enseignement n'est pas primordiale ; ensuite et même lorsque, Parole de Dieu adressée aux hommes, il en assume consciemment les formes de support !

Tout imprégné de sa mission et libre en tant qu'homme d'utiliser " la rupture de normalité " pour accéder au sens et accueillir la Parole de son Père, il en devient l'expression fidèle ! Son autonomie en tant qu'homme est totale puisque c'est lui-même qui décide de rejoindre le plan fusionnel et divin de sa présence au Père !
Le Messie est non seulement Fils de l'homme et porteur de la Parole divine, il va jusqu'à affirmer qu'il est " le chemin, la vérité et la vie " (Jn 14; 6). Attention, il ne dit pas qu'il connaît le chemin, la vérité et la vie ! Lui, il dit qu'il l'est ! A moins d'être reconnu comme fou - ce qui manifestement n'est jamais le cas, qu'on le dénigre ou qu'on l'aime - ce trait ne peut être compris que sous l'angle de sa divinité !

Il en va de même pour son insistance sur la VERITE. Nul autre ne pourrait parler ainsi car son propos serait tenu pour pure divagation, mais pas Jésus : " Le IVème évangile insiste sur la vérité que donne le Christ. La vérité en Dieu est vue sous l'angle de la Parole que le Christ doit transmettre (Jn 17, 17). Il a entendu cette vérité parce que, de toute éternité, il était auprès de Dieu et parce qu'il est le Verbe (Jn 1, 1 ; 8, 40). Il est lui-même la Vérité (14, 6) qu'il a en plénitude (Jn 1, 14; cf. Ex., 34, 6) parce qu'il transmet la Révélation du Père, laquelle donne la vie. Aussi tout son enseignement, mais aussi sa vie entière et sa mort, constituent un témoignage rendu à la vérité (Jn 18, 37) ". (J.Dheilly, Dictionnaire biblique, Desclée & Cie - Tournai 1964, page 1205)

Jésus témoigne encore d'une extraordinaire propension à proclamer l'UNITE de Dieu-Père avec lui-même, par référence au passé et sous l'angle du salut futur de l'homme !
AVEC LUI-MEME, il n'y va pas par quatre chemins : " ... nul ne connaît le Fils si ce n'est le Père, ni nul ne connaît le Père, si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler." (Mt 11 ; 25-27 et Lc 10 ; 21-22) On peut aussi se référer à la prière de Jésus pour les siens : " que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, ... " (Jn 17 ; 21)
PAR RAPPORT AU PASSE DU PEUPLE ELU, il ne remet pas en cause " la Loi ou les Prophètes " car il ne vient pas " abroger mais accomplir " (Mt 5, 17). Ceci est à mes yeux très significatif parce que cela confirme la dynamique de Dieu en Dieu, que je défends : La Personne infinie se meut par Elle-même et en Elle-même avec les êtres pensants qu'elle a créés, dans le temps qu'elle maîtrise et sans pour autant modifier son identité intrinsèque de                        " Convergence signifiante " !
SOUS L'ANGLE DU SALUT FUTUR DE L'HOMME, lorsqu'en tant qu'homme, le Messie utilise l'accès au sens, propre au genre humain, il retrouve en raison de l'identité par l'origine, l'infinité de sa dimension divine ; ce qui a pour effet d'inclure de soi la totalité de sa parentèle humaine, passée, présente et future, dans le champ plus large puisqu'illimité, de sa compétence, soit la Vérité qu'il partage avec son Père !
En conséquence de quoi, quand par amour, il dédie au salut de l'Homme son sacrifice sur la croix, il opère véritablement cet incroyable " sauvetage" en
 " rachetant ", c'est-à-dire en reprenant à l'Opposant son pouvoir sur l'humanité, acquis par la ruse et la faiblesse de nos premiers parents ! L'invraisemblable devient alors indéniable et l'on ne peut qu'être bouleversé et ému devant une telle abnégation !
C'est sans doute dans cette émotion que Saint Paul, de persécuteur est devenu le héraut du Seigneur, ayant " reçu cette grâce d'annoncer aux païens l'impénétrable richesse du Christ ... " (Eph 3 ; 7 à 9). Il n'hésite pas à écrire aux Romains et aux Corinthiens : " De même en effet que, par la désobéissance d'un seul homme, la multitude a été rendue pécheresse, de même aussi, par l'obéissance d'un seul, la multitude sera rendue juste. " (Rom 5;19) et " Le premier homme tiré de la terre est terrestre. Le second homme, lui, vient du ciel. Tel a été l'homme terrestre, tels sont aussi les terrestres et tel est l'homme céleste, tels seront les célestes. " (1 Co 15 ; 47. 48)

Le parallèle entre ces mots de l'apôtre et mon analyse rationnelle du salut apporté par le Christ, me semble confondant ! Dans la foulée de cette correspondance de sens, j'accepte donc que Jésus, " second homme venu du ciel " offre, ainsi qu'il l'annonce à la dernière cène, son corps et son sang, " ... sang de l'Alliance, versé pour la multitude, pour le pardon des péchés. " (Mt 26 ; 28) et que la même limpidité aveuglante éclaire son autre phrase, un peu sibylline, lorsqu'il annonce que le Père lui " a donné le pouvoir d'exercer le jugement parce qu'il est le Fils de l'homme. " (Jn 5 ; 27).
Il peut paraître ici surprenant qu'un jugement soit encore nécessaire alors que Jésus a " vaincu le monde ! " (Jn 16 ; 33) et qu'il est " venu chercher et sauver ce qui était perdu. " ! (Lc 19 ; 10)  Cela peut toutefois se comprendre parce que si la Rédemption remet " les choses en état ", elle n'annule pas les événements passés ! L'impératif de la liberté exige que, pour effectif que soit le salut de l'homme, il doive encore être actualisé en fonction du parcours de chaque humain et parce que l'engagement personnel, ratificatif du don reçu, reste indispensable ! L'idée de jugement permet de satisfaire à cette double contrainte en individualisant le salut !
Que le Fils de l'homme en soit chargé par Dieu se comprend aisément puisqu'il en est à l'origine et qu'il a pu mesurer la faiblesse humaine ; ce qui nous est d'autant plus rassurant !

 

 

 

Léopold Coeur
22 mai 2010